|
|
|
Archives "Point de vue" Quand les éleveurs se la racontent (printemps 2001) Chaque numéro d'une revue spécialisée consacré au rottweiler, attire systématiquement beaucoup d'annonceurs puisque dans les semaines qui précèdent sa parution, les éleveurs reçoivent tous un courrier leur proposant des tarifs publicitaires. Le dernier numéro de la revue Chiens 2000 n'échappe pas à la règle : pas moins de 12 pages de publicités pour divers élevages. Ces publicités sont toujours l'occasion d'un véritable florilège, devrais-je dire, "d'un festival" de mensonges, de termes ronflants et vides de sens, et autres auto-proclamations gratuites... c'est à qui sera le plus dithyrambique sur ses chiens et son élevage ! La vérité étant parfois très éloignée de la prose, décortiquons à présent quelques-uns de ces termes afin d'y voir plus clair : * hautes origines : c'est la tarte à la crème de la publicité canine, on retrouve ce terme dans toutes les races annoncées. Le terme est vide de sens car entièrement subjectif : qu'est-ce q'une "haute origine" ? Par quoi la détermine-t-on ? Le nombre de champions au pedigree ? La qualité générale de la production de cette lignée ? Les titres des parents ? La beauté objective des parents même si ceux-ci ne sont ni titrés, ni issus de chiens titrés ? Et même avec des titres, l'origine pourra sembler excellente à l'un, et inintéressante à un autre... on nage en pleine subjectivité, de sorte que chacun peut annoncer sans vergogne "hautes origines" sans risquer le moindre reproche. * lignée allemande : là encore, il y a souvent de quoi rire quand on connaît les pedigrees des chiens utilisés ! On peut jouer sur les mots, puisqu'en remontant suffisamment loin dans le pedigree des chiots, il arrivera toujours un moment où l'on sera en présence du 100 % allemand, c'est à dire 100 % de chiens inscrits à l'ADRK. Le "hic", c'est combien de générations il faut remonter pour retrouver ces chiens : quand les chiots sont issus d'au moins un parent ADRK, on peut parler de lignée allemande encore qu'il ne faille pas oublier de regarder les origines de la mère. Quand il faut remonter à la quatrième génération, voire bien plus loin parfois, pour trouver la trace d'un chien ADRK, annoncer "lignée allemande" devient une vue de l'esprit... qui séduira l'acheteur néophyte mais qui ne repose sur rien. * gros gabarit : en parlant des parents, aucun problème. En parlant des chiots, méfiance. Nul éleveur ne peut assurer avec certitude qu'un chiot sera d'un gros gabarit une fois adulte... combien de fois le plus petit chiot de la portée à 2 mois se retrouve-t-il être le plus costaud de tous à l'âge adulte ? Et combien de chiots, rondouillards et épais à 2 mois parce qu'ils sont trois dans la portée, deviennent des adultes tout à fait "normaux" ? * deux fois Champion de France 2000 : techniquement un chien n'est pas deux fois champion de France la même année. Remportant le championnat de France de Longchamp, il obtient le titre de champion de France. Porteur de ce titre, il se rend ensuite à la Nationale d'Elevage où il termine premier. Comme il est déjà champion, il n'obtient pas le titre de la Nationale, qui échoit naturellement au deuxième, qui devient alors champion de France. Ceci n'enlève rien aux qualités du chien visé, mais le terme employé est inexact. * 6ème sur 400 chiens au championnat du monde 2000 : on va dire que je m'acharne sur le même chien ou sur son propriétaire, mais là encore c'est inexact. 6ème en classe ouverte mâle, donc face à une centaine de chiens et non 400. Encore une fois ceci n'enlève rien aux mérites du chien, cette 6ème place en classe ouverte est un exploit que peu de chiens français ont égalé. Mais pourquoi gonfler la réalité ? * championnat international d'Albi : là encore, attention aux termes, il s'agit bien de l'exposition d'Albi où le CACIB est attribué au meilleur mâle et femelle dans chaque race comme dans n'importe quelle expo CACIB comme il s'en déroule des dizaines en France chaque année. * meilleur chien de l'année 2000 : en France, précisons-le, et uniquement en expos, précisons-le aussi. Il n'est question ni de travail, ni de reproduction. * meilleur chien de cette fin de siècle : à l'échelle du siècle, prendre en compte une ou deux années est totalement absurde. Et précisons encore qu'il s'agit de la France, qui est loin d'être le meilleur pays en matière de cheptel rottweiler. * meilleur chien du millénaire : encore une marche franchie sur le grand escalier de la prétention et du non-sens. Le CFR a mis en place un trophée abusivement baptisé "trophée du millénaire", récompensant le chien ayant remporté le plus grand nombre de victoires significatives dans la seule année 1999. Outre une preuve d'ignorance crasse, le millénaire s'étant achevé le 31 décembre 2000 et non 1999, ce trophée est une vue de l'esprit : en quoi des victoires de 1999 font-elles d'un chien le "chien du millénaire" ? Et toujours à l'échelle de notre petite France... où l'on aime décidément beaucoup les titres fabriqués et ronflants ! Pour les chiens concernés, je ne parlerai même pas du manque évident de diversité des juges impliqués dans leurs victoires, à tel point que le classement de ces chiens publié dans la revue du club, ne faisait même pas apparaître le nom de ces (ce ?) juge(s). Ne parlons pas non plus, pour couronner le tout, de la manip sournoise qui a permis à un chien italien de recevoir le titre aux dépens d'un autre résidant en Espagne... qui fut pourtant bien le chien de l'année 99 en France, en termes de 1ères places (à défaut d'être celui du "millénaire", son propriétaire me pardonnera). * chiots d'origine champion, multi-champions au pedigree, multiples champions au pedigree, etc : comme pour le terme "lignée allemande", là encore tout dépend de combien de générations il faut remonter pour trouver ces illustres ancêtres ! * lignées beauté et travail : on nage encore dans la subjectivité la plus totale. Comment évalue-t-on une lignée de beauté ? Qu'est-ce qu'une lignée de travail ? Un chien titulaire d'un simple brevet de chien de défense est-il un chien de travail ? Pourquoi alors ne pas dire la même chose d'un chien titulaire des TC-TU ou de l'ESC ? Tous les chiens Schutzhund 3 sont-ils des "chiens de travail" ? La lignée de travail est-elle définie par les titres d'un chien ou par sa capacité à engendrer des chiens de caractère ? Ces questions continuent de diviser les meilleurs spécialistes mondiaux depuis des dizaines d'années, pourtant certains français propriétaires de rotts depuis deux ou trois ans ont déjà la réponse. Bravo messieurs-dames ! * la référence dans telle ou telle région : encore une affirmation gratuite, il est vrai qu'il n'y a rien de tel qu'un peu d'auto-satisfaction ! La référence pour qui ? Pour quoi ? Qui le décide ? Quels sont les critères objectifs pris en compte ? * la perfection de la race est le fruit de notre travail en France : autre affirmation gratuite qui part du principe plus que douteux que la race rottweiler en France est aujourd'hui parfaite... et qui va même plus loin en s'attribuant de manière arbitraire, le mérite de cette perfection. * vice-champion de France, champion de France jeune : ces titres n'existent pas, tout simplement. On est champion de France en classe ouverte ou classe travail, ou rien. * issu du grand champion : après les champions, voici les "grands champions". A quand les "grands vice-champions ?" * chiots exempts de dysplasie : on pensait cette époque révolue, mais certains au détour d'une virgule ou d'un complément d'objet habilement repoussé en fin de phrase, continuent à vous prendre pour des nouilles. Un chiot peut être issu de parents indemnes, mais pas déclaré indemne lui-même tant qu'il n'a pas atteint 12 mois et subi l'examen de dépistage. Jolie collection, n'est-ce pas ? Une touche d'humilité et d'honnêteté serait la bienvenue afin que les revues spécialisées ne tournent plus au catalogue des "dernières appellations frauduleuses à la mode". Sous peine que par la suite, la véritable qualité ne soit plus reconnue !
LE JUSTE PRIX (automne 2001) "Bonjour, j'ai vu votre site et je serais intéressé par un de vos chiots, je voudrais savoir combien vous les vendez." Avec la portée que nous avons actuellement à la maison, et qui est présentée sur le site, voilà grosso modo le genre de message que quelques dizaines de personnes m'ont envoyé. A la question du prix, je réponds "6000 francs". Je n'ai rien à cacher, voilà le prix d'un chiot chez moi. Le plus souvent, aucun signe de vie de l'acheteur potentiel après cette réponse. "Tu vends trop cher", me suis-je souvent dit... et si c'était le contraire ? En effet, depuis quelques temps se dessine une tendance curieuse : l'augmentation invraisemblable du prix d'un chiot rott. Jusqu'ici, cette tendance se constatait surtout en région parisienne, pour une raison presque culturelle : un parisien trouve normal de payer 8000 francs de loyer pour 50 mètres carrés en banlieue, il trouve normal de payer une taxe d'habitation équivalent à 2 mois de loyer, de passer 3 heures par jour dans les transports et de payer plus de 400 francs pour une carte orange. Il ne trouve donc rien d'anormal dans le fait de devoir sortir 9000 ou 10000 francs pour un chiot qui en vaut parfois la moitié. Mais si jusqu'alors les chiots hors de prix étaient une spécificité propre à l'Ile-de-France, on constate aujourd'hui que cela n'est plus vrai : n'importe qui se met à vendre n'importe quoi pour un prix incroyable. Ainsi, cet éleveur sélectionné qui n'hésite pas à demander 10000 à 12000 francs pour un chiot à naître, sur un champion allemand d'accord, mais surtout sur une femelle n'ayant aucun palmarès en exposition. Pourquoi si cher ? Raison invoquée n°1 : "l'étalon c'est Machin von der Truc, ça vaut une fortune une saillie là dessus". FAUX. Le prix moyen d'une saillie en Allemagne oscille entre 600 et 900 DM, soit 2000 à 3150 F, donc pas plus cher qu'en France et même plutôt moins cher dans bien des cas : en France, certains demandent parfois 3000 F pour un mâle 1er choix sans titre de travail. A ce prix, en Allemagne, le chien est le plus souvent CHIB, SchH 3, RCI 3, Gekört et issu de lignées archi-éprouvées. Le maximum connu se monte à 1200 DM, ce qui équivaut à 4200 francs, mais cela ne concerne qu'un seul étalon en Allemagne. 2ème raison : "Je me suis tapé 1500 km aller-retour pour la saillie à Münich". Ca ne tient pas debout non plus. Comme les autoroutes sont gratuites en Allemagne, un éleveur parisien payera moins cher un déplacement et une saillie en Sarre ou en Bavière, qu'il ne payerait pour un étalon situé dans le sud-est ou sud-ouest de la France. Le carburant n'est pas plus cher pour aller à Münich. Et j'en connais qui font régulièrement plus de 2000 km aller-retour, sans pour autant demander 10000 F par chiot. Bien sûr il y a le reste des frais : le suivi de la chienne avant la saillie (dosages de progestérone) et pendant la gestation (radio, échographie, etc). La mise-bas peut amener des complications coûteuses (césarienne par ex.). Le nombre de chiots est important aussi : il faudra couper les queues, les ergots éventuels, et plus tard il faudra tatouer et vacciner, plus il y a de chiots plus cela coûte cher. L'alimentation de la chienne allaitante, puis des chiots sevrés, sera une charge financière supplémentaire. L'inscription au LOF à 125 F par tête viendra couronner le tout. Nous sommes tous d'accord, faire les choses correctement de A jusqu'à Z coûte cher. Mais toujours pas de quoi réclamer 10000 ou 12000 F par chiot avec une portée de 6 ! Quand de surcroît, la chienne est une illustre inconnue, tout juste radiographiée et confirmée dans le CACS du coin, pas de doute, on se moque de vous ! En grattant un peu, certains éleveurs finissent par lâcher leur dernier argument : demander beaucoup d'argent, c'est un moyen de sélectionner une "certaine" clientèle, autrement dit une clientèle "friquée". Et c'est là qu'on touche le fond... Quelle clientèle ? Celle qui a 20 ans et roule dans une BMW toute neuve après avoir vendu assez de drogue pendant trois mois ? Ou celle qui a péniblement mis de côté pendant 1 an, en se privant, pour se retrouver ensuite avec un chiot tout à fait moyen acheté 1500 F le kilo ? On trouve aussi des gens honnêtes, qui ont parfaitement les moyens, mais dont l'éducation les amène à considérer que même 6000 F, c'est cher pour un chien. La sélection par le prix ne rime à rien, d'autant que ce ne sont pas les personnes les plus riches qui s'occuperont nécessairement le mieux de leur chien. On voit des gamins de 18 ans qui peuvent poser 10000 F en liquide sur la table, pour ensuite emmener le chien dans un parking pour des combats, où l'animal pourra leur rapporter 3 fois la mise. De plus, un chiot reste une loterie. En tant qu'éleveur, on s'entoure d'un maximum de précautions, on fait à fond ce qu'on croit être bon, on réfléchit à l'étalon, on s'occupe des chiots le mieux possible, on les nourrit, on les sociabilise, on les soigne. Ensuite, c'est le propriétaire qui prend le relais, avec une énorme part de chance. On voit des champions mariés à des championnes, produire des chiots tout juste dignes d'une animalerie. Il peut manquer une dent, le chien peut être dysplasique, devenir prognathe, développer un entropion... ou tout simplement être très moyennement construit une fois adulte, éternel abonné aux B ou TB. C'est pourquoi j'estime que nul n'est fondé à réclamer 10000 ou 12000 F pour un chiot. Les éleveurs qui le font, se donnent bonne conscience en s'abritant derrière de supposés frais et la sélection de la clientèle, alors qu'ils profitent tout simplement d'une race à la mode pour écouler à vil prix, une production très moyenne. Question subsidiaire : en cas de défaut du chiot (ex : manque de dent) il est d'usage de rembourser la moitié de la somme. Combien rembourse-t-on sur un chiot à 12000 ? Est-il concevable d'avoir acheté 6000 F un rott non-confirmable ? Et l'on pourrait penser qu'à ce prix, les chiots viennent d'élevages réputés... eh bien l'on se tromperait, beaucoup sont d'illustres inconnus. Alors quand le prix de 6000 F semble choquer, on en vient à se demander si les gens trouvent cela trop cher, ou simplement trop bon marché pour être honnête ? Cette tactique commerciale est vieille comme le monde : plus un produit est cher, plus il suscite l'envie. La qualité objective importe peu. Tout le monde rêve d'une Mercedes, même si celle-ci arrive dernière au banc d'essai loin derrière Ford ou Volkswagen... le Rott, nouveau signe extérieur de richesse ?
C'est décidé, j'ouvre un site ! (printemps 2002) Ces derniers temps, on m'a parfois demandé comment démarrer un site internet consacré au rott (élevage notamment), si c'est facile à faire, si les résultats sont bons, etc. Voici donc, un peu pêle-mêle, quelques réflexions sous l'angle "cynophile", sur le plus gros phénomène de société de ces dix dernières années : Internet. Le mot est lâché ! Gratuité, souplesse, le site internet a tout pour plaire et vous ouvre les portes du plus grand des marchés : le monde. Attention cependant aux lendemains qui déchantent... Comme tout ce qui touche à l'informatique, c'est 90 % de forme pour 10 % de fond. La belle mise en page, les belles photos, la navigation aisée, la jolie musique... tout ça est bien gentil mais le problème de fond reste le même : si personne ne vous connaît, personne ne viendra voir votre beau site. La belle présentation n'aura ajouté aucune valeur à vos chiens, ni à votre travail en tant qu'éleveur. Souvenez-vous que ce n'est pas un mois avant la saillie qu'il faut ouvrir le site : sur le web, se faire connaître peut prendre beaucoup de temps... les débuts peuvent être particulièrement décourageants : voir arriver 20 visites en un mois, dont la moitié provenant des amis ou de la famille, peut s'avérer décourageant. Surtout quand on a au même moment 8 chiots à placer, et pas une seule demande. Le marché étranger peut être source de grandes satisfactions, en effet les acheteurs hors de France auront souvent moins d'a priori que les français, et prennent volontiers contact. Par ailleurs, ils posent souvent moins de problèmes financiers que les autres, tout simplement parce qu'avec la perspective d'un transport aérien à 600 ou 800 euros, le prix n'est plus vraiment un problème pour eux. L'idéal est de travailler sur des origines allemandes, qui sont connues partout dans le monde. La condition quasi sine qua non est d'utiliser des étalons allemands. En effet, tel mâle 1er Choix ou Sélectionné Jeune, c'est bien gentil par chez nous, mais pour un étranger ces titres n'ont aucune valeur ! Le site devra évidemment comporter une section en anglais, que ce soit une version carrément "parallèle" ou un simple doublage. Il faudra ensuite être capable de comprendre les e-mails reçus et d'y répondre correctement, d'autant que les questions sont souvent très précises. De plus, l'acheteur aura souvent envoyé le même e-mail à trois ou quatre éleveurs différents. Il faudra donc pouvoir "faire l'article" en lui démontrant qu'il mettra toutes les chances de son côté en vous faisant confiance. Ne comptez pas sur les logiciels de traduction automatique, si à la mode en ce moment. Ils aboutissent le plus souvent à du charabia ou des contre-sens majeurs, particulièrement quand on les confronte à un vocabulaire aussi technique que celui du chien : chaleurs, saillie, dosage de progestérone, portée, caudectomie, inscription au LOF, etc... c'est déjà presque une langue étrangère en soit ! Là encore, le maître-mot est bien sûr "se faire connaître", il existe différents moyens d'y parvenir mais quelle que soit la méthode utilisée il faudra de la patience. Le web vous ouvre un marché mondial, c'est bien, mais il vous place aussi en concurrence avec le reste du monde. La plupart des élevages de renommée mondiale ont aujourd'hui leur site web, souvent conçu par des professionnels. Aller marcher sur les plates-bandes d'un Jeneck's, d'un Antico Guerriero, d'un Schwaiger Wappen, d'un Falconsnest ou d'un Bickesheim, n'est pas si simple. De même, n'importe quel petit élevage amateur peut ouvrir un site (la preuve), et ce depuis n'importe quel pays. Il existe donc une foule invraisemblable de petits sites web, qui se ressemblent tous... pas facile de se faire remarquer. Du côté de la clientèle, l'internet ne fait pas de miracles : si l'on regarde de plus près le marché français, on s'en rend très vite compte. Il y a de cela encore deux ans, l'internaute français était le plus souvent aisé, éduqué et assez averti. Avec la démocratisation de l'internet et de l'informatique en général (ordinateurs moins chers, location avec internet compris à 25 euros par mois, fournisseurs d'accès gratuits faisant de vastes campagnes publicitaires, cyber-cafés, e-mail gratuit à la Poste, accès au mail dans de nombreuses entreprises, etc), ceci est de moins en moins vrai. Chacun peut aujourd'hui assez facilement se connecter et vous contacter... c'est tant mieux pour le niveau global d'équipement des français, l'éducation de leurs enfants, etc... Le revers de la médaille, est qu'en termes de clientèle on n'est parfois plus très loin du lecteur de "gratuits". Discussions interminables sur les prix, questions saugrenues visant parfois à vous faire dire (et surtout "écrire") du mal des autres, et toujours la fameuse incorrection : déjà malpolis au téléphone, certains se sentent carrément pousser des ailes par clavier interposé, forts de leur anonymat complet ! Genre : vous répondez à une demande de chiot par un e-mail détaillé avec tout sur les parents, pedigrees, photos, descriptifs, résultats, etc... comme vous l'auriez peut-être fait par courrier postal. Dans plus de la moitié des cas, vous n'aurez même pas un merci et votre interlocuteur disparaîtra sans laisser de traces. Ou alors, un quidam vous contacte en se disant intéressé par un chiot, vous demande plein de conseils pratiques pour l'éducation, l'alimentation, etc... avant d'aller, fort de vos conseils, acheter son chiot chez quelqu'un d'autre incapable de lui donner ces renseignements mais cédant ses chiots 200 euros moins cher. C'est le bon vieux principe "on se renseigne chez le petit commerçant qui connaît bien ses produits et on achète en grande surface parce que c'est moins cher"... et par écran interposé, plus aucune limite au culot, puisqu'on peut même falsifier son identité, utiliser une adresse e-mail bidon, etc. L'avantage est tout de même de ne plus être dérangé : on consulte ses e-mails quand on en a envie, c'est tout différent de la sonnerie du téléphone qui retentit quand on est à table, sous la douche ou dans son lit. Attention par contre aux virus... Côté conception, attention aux détails techniques : s'il existe aujourd'hui plusieurs logiciels de conception de sites assez faciles à utiliser, leurs limites seront le plus souvent, égales aux vôtres. Un logiciel dernier cri ne sert à rien si l'on ne sait pas s'en servir. Le meilleur logiciel, c'est avant tout celui qu'on maîtrise. Pensez à l'ergonomie du site, et à sa "navigabilité" : rien de plus frustrant que les liens qui ne fonctionnent pas ou qui vous font tourner en rond, les photos qui mettent un temps fou à charger ou qui ne s'affichent carrément pas, ou encore les fenêtres publicitaires qui s'ouvrent toutes seules. Sur ce point, méfiez-vous des hébergeurs gratuits, qui sont financés par la pub : la navigation sur votre site deviendra vite un calvaire avec toutes ces bannières qui s'ouvrent ici ou là et qui prennent parfois carrément la liberté de diriger l'internaute vers d'autres pages publicitaires sans lui demander son avis. Limitez aussi au strict nécessaire les applications "JAVA", ainsi que les diverses animations que vous trouverez à la pelle sur de nombreux sites. Elles ralentissent considérablement le temps de chargement de la page. En tout état de cause, évitez de les utiliser pour des éléments "vitaux" de votre site, comme les menus permettant d'accéder aux rubriques. Un site belge bien connu, par exemple, possède un menu de type "JAVA" très pratique une fois chargé... malheureusement il met parfois jusqu'à 5 minutes pour apparaître ! Inacceptable dans le cyber-contexte. Question navigabilité, gardez à l'esprit la "règle des trois clics" : tout internaute arrivant sur votre site, ne doit jamais se trouver à plus de 3 clics de l'info qu'il recherche. Exemple : page d'accueil, il clique sur "version française". Sur l'accueil en français, il est intéressé par votre lice, et clique donc sur "notre lice". Il veut lire sa ZTP ou en voir des photos, nouveau clic. Le chemin d'accès est donc correct puisque la règle des 3 clics est respectée. Si ce n'est pas le cas, il vous faut modifier le chemin d'accès, prévoir des raccourcis, remanier l'organigramme de votre site. Assurez-vous aussi que toutes les infos présentes sur le site sont accessibles, c'est à dire, qu'on peut y accéder d'une manière ou d'une autre ! Une info qu'on n'est pas capable de retrouver rapidement est une info inutile. Attention à la musique, n'en abusez pas car elle ralentit le temps de chargement de la page. Veillez à ce qu'elle soit relativement mélodieuse et entraînante, et non lancinante, stridente ou tonitruante... attention aussi aux bruitages éventuels, je me souviens d'un site dont la première page débouchait sur des aboiements de chiens, ce qui faisait systématiquement bondir les miens sur leurs quatre pattes pour bouter ces "intrus virtuels" hors de la pièce... il est vrai qu'à bientôt 4 ans, mon bullmastiff n'a toujours pas intégré (ou fait semblant de n'avoir pas intégré, c'est tellement plus drôle) l'adage canin selon lequel "chien-qui-aboie-à-la-télé-n'est-pas-vraiment-dans-la-pièce". J'ai en tout cas très vite suspendu mes visites à cette page, par ailleurs bien conçue. Si l'aventure vous tente, n'hésitez pas, mais surtout ne comptez pas dessus dès le départ pour vendre vos chiots ! Cela prendra du temps et les débuts sont souvent décevants. Quand j'ai ouvert ce site en février 99, il recevait environ 40 visites par mois. Trois ans plus tard, il dépasse les 2700 par mois. Soyez donc patient ! Intégrer un club de travail avec un Rottweiler (automne 2002)
C'est un récent échange sur un forum qui m'a donné l'idée d'écrire cet article. S'il est primordial, pour tout nouvel acquéreur d'un chiot rottweiler, de s'inscrire rapidement dans un club de travail, il semblerait qu'il soit parfois difficile d'être accepté dans un club. D'aucun avance la simple possession d'un rottweiler comme l'obstacle principal à l'intégration dans un club. CECI EST CEPENDANT LOIN D'ETRE UNE FATALITE. A condition de respecter à la lettre un certain nombre de règles de bon sens.
Depuis 1995, j'ai été membre actif de 4 clubs d'utilisation : 1) Le Club Canin du
Versoud, dont je suis parti au bout de deux ans suite à un déménagement. 3) Le Club Canin Rochelain (rattaché au Club de Pierrelatte) où je suis resté un an jusqu'à mon déménagement de la région Rhône-Alpes vers la Picardie. 4) Le G.U.B., club basé à Beauvais dont je suis membre actuellement, où j'ai trouvé une place dans l'équipe après un simple coup de fil et une rencontre sur le terrain d'entraînement.
Il m'est aussi arrivé, depuis 1995, d'aller dans d'autres clubs pour effectuer des entraînements "extérieurs" occasionnels, afin de préparer les chiens à des épreuves de sélection, concours et autres, en terrain inconnu. J'ai ainsi arpenté les terrains d'une dizaine d'autres clubs : le Club Canin des Terres Froides, le Club du Chien de Défense de Grenoble, l'Entente Canine Stéphanoise, le Club de St Just St Rambert, le Club de Caluire, le Club de Romans sur Isère, le Club de Bourgoin-Jallieu (tous des clubs de Rhône-Alpes), le Cercle Canin Velauxien (Bouches du Rhône), le VLPV et le club de Gent (Belgique). Peut-être en ai-je même oublié certains. Ceci, toujours avec mes Rottweilers : Lakshmi d'Uxakim, Varo vom Schloss Hexental, Nam de l'Etang d'Illhaeusern et Maike von der Scherau.
JAMAIS je ne me suis fait jeter de quelque club que ce soit. J'ai toujours pu préparer mes tests sans difficulté et les équipes de compétition m'ont toujours accueilli à bras ouverts. Alors quand je n'entends parler que de méchants clubs où l'on refuse les rotts, j'essaie de rester ouvert et attentif, mais je finis par me poser la question, toute simple : comment fait-on pour se faire jeter ?
Quelques idées en vrac :
- si l'on arrive avec trois rotts dans la voiture en demandant les TC-TU pour avant-hier, parce qu'on est éleveur et qu'on a des titres de beauté à homologuer, ne pas s'étonner. D'une part un club bénévole n'est pas à simple disposition sur un claquement de doigts, d'autre part, rien n'hérisse plus le poil d'un compétiteur "de travail" que la simple évocation, de but en blanc, de titres de beauté.
- si l'on arrive les mains dans les poches et le torse bombé en disant "moi je veux faire du Ring 2", ne pas s'étonner non plus. Un rott (et le conducteur qui va avec !) capable d'aller en Ring 2 ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval. Avant d'en arriver là, de toutes façons, il y a X étapes à franchir, un sérieux et une assiduité à démontrer, et de nombreux sacrifices à faire. De l'ambition c'est bien, mettre la charrue avant les boeufs et minimiser la difficulté, c'est autre chose.
- si l'on arrive avec des chiens qui ont subi un "bricolage maison" et qui cherchent systématiquement le bonhomme plutôt que la toile, ne pas s'étonner non plus. Il s'agit d'une discipline sportive avant tout, infiniment plus agréable à pratiquer (que l'on se place du point de vue de l'homme d'attaque ou de celui du conducteur) avec un chien bien dans sa tête, sportif, équilibré dans ses réactions. Les fous furieux qui "cherchent la viande" plutôt que "la toile" ne sont pas les bienvenus très longtemps. On peut le comprendre. L'homme d'attaque est un bénévole qui enfile le costume le soir après une journée de boulot, ou le week-end quand il pourrait être chez lui en famille. Il n'a donc aucune envie de se faire estropier, ce qui est somme toute, assez légitime.
- si l'on a un chien qui sous prétexte de "gros caractère" agresse tout ce qui passe dans un rayon de 5 mètres, encore une fois, ne pas s'étonner. Sous couvert de "gros caractère", il s'agit dans 99% des cas, de chiens mal élevés, mal conduits par des propriétaires dépassés par les évènements. On n'a pas du tout envie d'apprendre le mordant, même sportif, à un chien que son propriétaire ne maîtrise déjà pas aux abords du terrain. Par ailleurs, toute discipline canine exige que "l'athlète" (comprenez, "le chien") côtoie parfois de très près ses semblables (couché "sous diversion", terrain d'entraînement partagé en deux, présentation au juge, ou même simple promenade de détente aux abords du club avant l'entraînement) ; il n'y a donc pas de place pour les bagarreurs.
- si l'on arrive avec toute sa panoplie de maître-chien, combinaison bleue, rangers, écusson bleu-blanc-rouge et grosse muselière de frappe pour le chien... c'est aussi mal parti. Les "ringueurs" dans leur petit club tranquille, ou à plus forte raison, les compétiteurs chevronnés opérant dans les grands clubs de la région, n'ont aucune envie d'entraîner chez eux, sur un temps d'entraînement qui leur est d'autant plus précieux qu'il leur est compté, le molosse du Macumba-Night local qui va manger de l'ivrogne tous les samedis soirs.
- si l'on est du genre à venir à 16h30 pour un entraînement programmé à 15 heures, juste pour faire mordre son chien et remonter en voiture à 16h45 "parce qu'on a des invités" ou bien "des courses à faire", ou même "de la route", rien de surprenant non plus. Les clubs sont des associations de bénévoles où l'entraide est de mise ; les "consommateurs" qui laissent tout le matériel sur place et repartent juste après leurs dix minutes de travail, ne sont pas les bienvenus. Une équipe de compétition ne peut subsister sans solidarité entre ses membres : installer les obstacles, tenir le chronomètre, charger/décharger le pistolet, participer au "groupe", simuler un peu de public derrière une cache pendant que le chien aboie, etc. Autant de choses indispensables auxquelles les compétiteurs doivent participer.
Cette petite liste ne vise personne en particulier, elle ne fait que reprendre une série de comportements observés ça et là dans divers clubs, comportements qui aboutissent effectivement, en général, à ce que la personne en question se fasse jeter... qu'elle possède un rott ou autre chose. Tout rejet subi doit éveiller la question : êtes-vous sûr que c'est bien votre rott qu'on rejette ?
Ceci étant dit, on pourra déduire très simplement ces quelques règles de base pour intégrer un club, règles valables que l'on soit désireux d'apprendre l'obéissance de base à son chien, ou que l'on ambitionne de se lancer dans une discipline de compétition :
- on rend visite au club préalablement, on laisse dans un premier temps le chien dans la voiture, et l'on vient rencontrer les personnes responsables. - on se renseigne humblement concernant les cours d'obéissance. - dès les premières semaines, on n'hésite pas à donner un coup de main quand l'occasion se présente : aider à la buvette le jour du concours du club, démonter/remonter du matériel, participer à la journée "nettoyage" où l'on taille les haies, retape la clôture, etc... c'est tout cela aussi, la vie d'un club. - on est assidu à l'entraînement, on arrive à l'heure et l'on n'hésite pas à rester 10 minutes de plus à la fin de l'entraînement, pour donner un coup de main ou simplement boire un coup et faire marcher la buvette. - on est à jour de sa cotisation sans attendre que le trésorier embarrassé en vienne à faire la remarque. - on prend les étapes une par une : d'abord l'obéissance de base, le temps qu'il faut. Il sera toujours temps ensuite, une fois la preuve faite de votre bonne foi et de votre sérieux, d'envisager d'autres choses.
Un objectif réaliste, de l'assiduité; de l'implication dans la vie du club, et un maximum de bonne volonté... autant de clefs pour l'intégration réussie d'un club de travail, que ce soit avec un rottweiler ou avec tout autre chien. Il existe bien des exemples de personnes se faisant jeter, tout simplement parce qu'elles se comportent comme des gougnafiers... et ce bien qu'elles possèdent un bon malinois ou un bon berger allemand. Preuve si besoin était, qu'avant d'expliquer le rejet par la race du chien, il faut s'interroger sur sa propre façon d'opérer. Forums de discussion : la caisse à oranges sur un coin de trottoir Connaissez-vous les forums de discussion ? Il s’agit de « tableaux d’affichages » virtuels disponible sur le net, comportant des rubriques, et permettant à tout internaute de poser des questions à la cantonade ou d’y exposer ses points de vue. Ce qui différencie le forum du simple site internet, c’est l’interactivité, c’est à dire que le but est de voir d’autres internautes apporter les informations désirées, ou plus simplement, d’échanger des points de vue sur des questions variées. La différence avec le simple échange de mails, est que la trame du débat apparaît en ligne, au vu et au su de tout un chacun. Il existe ainsi des forums sur une multitude de sujet, et naturellement, sur le rottweiler. Beaucoup de forums anglophones, naturellement, mais aussi depuis quelques années, francophones gérés par des « animateurs » (et quels animateurs !) français. J’ai d’ailleurs démarré le premier forum français consacré au rottweiler, il y a de cela plus de deux ans. J’étais motivé par le fait que je fréquentais à l’époque (et fréquente toujours) plusieurs forums anglophones sur le même sujet et que j’y trouvais grande satisfaction : échanges courtois et enrichissants, débats poussés surs des sujets techniques relatifs à la santé, au travail, à l’élevage, aux lignées, etc, le tout avec des intervenants du monde entier, apportant chacun sa pierre à l’édifice, avec certains intervenants de grande valeur, éleveurs réputés mondialement, etc. J’imaginais donc, sans doute un peu naïvement, pouvoir amorcer la même chose en France… une bien funeste erreur d’appréciation de ma part. 1er constat : « Internet donne une grande g… à toutes les petites b… » Très forts derrière leur clavier, certains ne peuvent s’empêcher d’adopter un ton persifleur et insultant toutes les fois qu’ils répondent à quelqu’un. C’est d’ailleurs souvent, leur vraie nature qui s’exprime… et les débats s’enveniment naturellement très vite. Le tout avec une absence totale de courage : un pseudo bien vague, une adresse e-mail bidon, et hop, on pourrit à tour de bras. Quand on croise en expo les personnes sur lesquelles on aime tant cracher "virtuellement", on baisse les yeux, on passe son chemin, une minute de honte finalement c'est vite passé ! Et puis quand on n'a aucune fierté, il n'y a aucune raison d'avoir honte. 2ème constat : les ¾ des internautes semblent venir sur le forum comme on vient au cirque Il apparaît très vite que les gens viennent au « spectacle ». On se rend compte qu’un sujet technique attire 2 réponses et 50 visualisations en 1 mois, alors qu’un sujet qui tourne au torchon, se voit vite crédité de 50 réponses dans le style « à qui sera le plus c… », et que le débat est visualisé 1500 fois en quinze jours. CQFD… pour qu’un forum attire du monde il faut qu’il racle le caniveau, et certains forums s’en sont fait une spécialité à temps plein. Ainsi certains webmasters particulièrement productifs dans le domaine de la bêtise, n'hésitent jamais à relancer eux-mêmes la machine quand les visites sont en baisse, en démarrant des sujets torchons, la plupart du temps montés de brics et de brocs. Peu importe d'ailleurs, que les accusations soient mensongères et que l'on n'ait jamais pris la peine de vérifier auprès des premiers concernés, la véracité de ce qu'on avance. L'important est de faire venir du monde au spectacle. 3ème constat : Internet amène l’égalité entre les intervenants… pour le meilleur et surtout pour le pire Le néophyte se trouve brutalement dans une grande salle virtuelle où il est entouré de personnes qu’il n’a jamais vues et dont il ne sait rien, et ces personnes le conseillent, donnent leur avis, sur des sujets futiles parfois mais aussi sur des sujets sérieux, comme la sélection des lignées, la santé, l’alimentation, l’éducation, etc. Chacun est libre de donner son avis, c’est la beauté du forum… mais c’est aussi ce qui le rend dangereux, quand des « experts » qui n’ont jamais élevé une portée de leur vie, se mettent à asséner leurs « vérités » sur tel ou tel étalon, ou des gens qui n’ont jamais mis les pieds sur un terrain de travail, viennent expliquer comment démarrer un chien au mordant, ou pire, quand des gens qui n’ont aucune compétence pour se prononcer, viennent émettre un avis très tranché sur tel problème de santé grave, boiterie, allergie, etc. On peut citer aussi les cas navrants où des gens parlent de chiens (souvent pour les démolir, tant qu’à faire) sans jamais les avoir vus, ou donnent leur avis très tranché et très critique sur une expo à laquelle ils n’étaient pas présents… Difficile, pour ne pas dire impossible, pour le néophyte d’y voir clair. L’avis des abrutis se trouve mis sur le même pied que l’avis des connaisseurs. On y lit ainsi les opinions les plus abracadabrantes sur des questions sérieuses. 4ème constat : Internet permet à certains vieux coucous de se refaire un plumage Vous êtes un malhonnête, un véreux de la première heure ou un marchand de chiens, un type abject, grossier ou violent, bref, un naze ? Pas de problème, exprimez-vous sur un forum, drapez-vous de bons sentiments, et vous voilà avec une belle dignité toute neuve qui fera l’admiration des plus naïfs. Allez tiens, peut-être même au détour d’une belle envolée lyrique, arriverez-vous à faire perler une petite larme au coin de l’œil de l’internaute néophyte, ébloui par tant d’amour pour le rott. Tant pis pour vos années noires, celles où vous aviez le coup de poing facile, tant pis pour tous les clients que vous avez arnaqués, tous ceux avec qui vous êtes en litige, les chiots médiocres qui sortent de chez vous par dizaines chaque année… c’est pas grave, sur Internet il y a des nouveaux venus toutes les semaines, vous en éblouirez bien quelques-uns, ça vous fera toujours un peu de pub. Pendant ce temps, beaucoup de gens bien, d’éleveurs compétents, d’utilisateurs chevronnés, de propriétaires expérimentés, préfèrent définitivement s’abstenir de toute participation à ces forums. Leurs points de vue se trouvent noyés dans une masse d’inepties, leurs prises de position éclairées se trouvent raillées par des médisants qui eux, sont sûrs de ne jamais se tromper puisqu’ils n’ont rien à leur actif. Très vite ils ont la désagréable impression de perdre leur temps sur ces supposés « espaces de discussions ». Ils en ont vite assez de lire chaque jour des attaques gratuites des uns contre les autres, et d’assister aux incessantes polémiques qui sont autant de feuillets d’une chronique de la bêtise ordinaire. Je pense qu’il est impossible d’animer en France, un bon forum technique consacré au rottweiler. On peut créer une « communauté virtuelle » sympa et cordiale, mais les sujets techniques ne reçoivent que rarement des avis éclairés et il faudra naturellement faire la chasse à tous les sujets susceptibles de déraper. On peut à l’inverse, faire venir du monde sur un forum, et même beaucoup de monde, pas de problème, mais il faut pour cela y allumer plusieurs feux et jeter régulièrement de l’huile dessus. Il faut balancer, critiquer, démolir, lancer des rumeurs, à grands coup de conditionnels qui se transforment vite en certitudes, extrapoler, fantasmer, déformer et prendre les raccourcis les plus expéditifs, et laisser s’y dire tout et n’importe quoi, en n’oubliant pas naturellement, de justifier tout ça par la fameuse « franchise » ou en y allant de son petit couplet sur le « respect », « l’ouverture d’esprit », le « droit de savoir », etc. Il existe à Londres, un endroit dans Hyde Park, où un espace est réservé à la prise de parole publique de quiconque la souhaite. C’est ainsi qu’à l’heure du déjeuner, toutes sortes d’hurluberlus, juchés sur un promontoire (une vieille caisse à oranges peut très bien faire l’affaire), haranguent la foule, ou plus exactement, les quelques passants qui par curiosité s’arrêtent un instant pour écouter, mi-amusés mi-atterrés, leurs délires souvent avinés. Peu importent, semble-t-il, la teneur du discours et la pertinence des arguments. L’essentiel est de prendre la parole devant tout le monde. Internet et ses forums, offrent à chacun un coin de trottoir et une caisse à oranges.
Le Rottweiler en France en 2010 : petit scénario à méditer... (printemps 2007)
"Comment a-t-on pu en arriver là ?" se lamente Pierre B., la tête basse et les mains sur les hanches face à une demi-douzaine de chenils vides dans sa ferme du Puy-de-Dôme. Nous sommes le 10 juin 2010 et la dernière femelle rottweiler de Pierre lui lèche les mains comme pour le consoler. Elle porte encore les cicatrices récentes d'une stérilisation. Elle n'a que 3 ans. Ses voisines de chenil, Pierre a été obligé de les donner, dans son entourage, ou à des vigiles pour la sécurité. Toutes ont été stérilisées, c'est désormais la loi. Pierre ne pouvait pas conserver chez lui ces ex-reproductrices désormais infertiles. Il a gardé sa préférée, Carla, née chez lui en 2007, et il a placé les autres, la mort dans l'âme.
Tout avait pourtant bien commencé. D'une série de drames regrettables mais isolés au printemps 2006, était venue du Ministère de l'Intérieur une décision que beaucoup d'éleveurs de rottweilers attendaient avec impatience à l'époque : le passage en 1ère catégorie des "rotts non-LOF" ou "rotts sans papiers". Les éleveurs, leurs syndicats et leur club de race en tête, avaient poussé pendant des mois pour obtenir cette interdiction. "Il faut moraliser l'élevage", affirmaient-ils à l'époque. "Il faut que l'élevage du vrai rottweiler, avec pedigree, revienne aux personnes qualifiées, et que cesse la production parallèle de bâtards noirs et feux qui n'ont de rottweiler que l'apparence", écrivaient-ils au Ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy.
Il faut dire que beaucoup d'éleveurs professionnels, à l'époque, peinaient à écouler leur production de chiots à 1000 euros pièce. "La faute à la production parallèle", accusaient-ils, "les clients potentiels préférant acheter un chiot sans papier pour 400 euros sur une petite annonce provenant d'un particulier. C'est une concurrence déloyale, les chiots sont vendus à n'importe qui et ça génère des accidents. Il faudrait mettre un grand coup de balai dans tout ça."
Le Ministre, à l'époque dans le dernier virage avant la campagne pour les élections présidentielles de 2007, désireux de marquer l'opinion, avait entendu le cri d'alarme des éleveurs. A l'automne 2006, le décret d'application d'une nouvelle loi était sorti, faisant basculer en 1ère catégorie les rotts non-LOF : stérilisation, interdiction d'élevage, d'acquisition, d'importation, réglementation très stricte de leur circulation et des conditions de détention. Zéro tolérance et peines alourdies pour les contrevenants.
"On a vraiment cru que ça règlerait le problème," se souvient Pierre B. "Le président du club de race était très fier, les éleveurs professionnels présents au Comité aussi. On pensait que les affaires allaient repartir et surtout, que la race était sauvée."
Mais en 2007, Pierre B. a vu s'ouvrir à 30 km de chez lui, un nouvel élevage, celui des "Vertes Collines". Ce nouveau concurrent s'est mis à élever des rottweilers, comme Pierre. Mais au lieu de sortir ses chiens chaque week-end en concours, au lieu de leur faire passer des tests de caractère et d'étudier leurs pedigrees, l'élevage des Vertes Collines a simplement mis 12 femelles à la reproduction. 12 femelles LOF évidemment puisque c'était obligatoire. Simplement confirmées, et saillies chacune deux fois par an par le même étalon, LOF lui aussi, confirmé Très Bon lors d'une exposition locale. L'élevage des Vertes Collines s'est mis à vendre des chiots LOF. Prix : 500 euros.
"Quand la loi est passée à l'automne 2006, je recevais beaucoup plus de coups de fil", dit Pierre B. "Les gens voulaient un chiot Rottweiler, ils avaient entendu dire qu'on ne pouvait plus acheter de non-LOF, alors ils venaient se renseigner chez moi. Mais la plupart me disait "je vais réfléchir" quand je leur annonçais le prix de mes chiots, 1000 euros. Mais c'est que j'ai des frais, moi ! Mes chiens font des concours partout en France, je les emmène à 50 km d'ici dans un club d'éducation deux fois par semaine, et puis régulièrement je vais chercher une saillie sur un étalon loin de chez moi. Et puis il y a la nourriture, on ne peut pas donner n'importe quoi à des chiens comme ça. Et des fois une chienne reste vide, alors j'ai besoin des autres portées pour amortir. 1000 euros, c'est le prix, il n'y a rien à redire."
L'élevage des Vertes Collines, par contre, a rapidement trouvé des clients pour ses chiots à 500 euros produits à moindre frais. La plupart de ces clients sont des anciens propriétaires de rotts non-LOF. Une cliente, Mme C., nous explique : "Il y a 8 ans j'avais pris un chiot sur une portée que mon beau-frère avait faite. La mère était gentille et le père était superbe, 80 kg, un rott royal. Mais mon chien a eu un problème aux hanches et j'ai dû le faire euthanasier. Quand j'ai parlé au vétérinaire pour en reprendre un, il m'a dit qu'il fallait obligatoirement acheter un Rottweiler avec un pedigree depuis la nouvelle loi de 2006. Alors j'ai téléphoné à des éleveurs, mais 1000 euros pour un chien, c'est trop cher pour moi. Quand j'ai trouvé l'élevage des Vertes Collines, ils m'ont proposé un chiot à 500 euros avec pedigree, et en plus on pouvait payer en 5 fois, j'étais bien contente."
Des élevages comme celui des Vertes Collines, il en a fleuri un peu partout en France après la loi de 2006. La production de chiots rottweilers LOF est passée d'environ 5000 chiots en 2006 à 21000 chiots en 2009. Une explosion sans précédent s'expliquant tout simplement par la très forte hausse de la demande après l'interdiction des non-LOF. "On a cru que l'interdiction de la coupe de queue allait arriver et que ça détournerait un peu les quidams du rottweiler", se souvient Pierre B., "mais comme la France avait une dérogation par rapport à cette interdiction, les gens ont continué à vouloir des rotts."
Les "élevages à 500 euros" se sont lancés sur le marché pour combler le vide occasionné par l'interdiction des non-LOF. En gardant leurs coûts de production les plus bas possibles (finalement un chien à pedigree mange les mêmes croquettes, a besoin des mêmes vaccins et des mêmes installations qu'un non-LOF), les éleveurs n'ont en réalité eu à payer que 21 euros supplémentaires par chiot pour les inscrire au LOF. De quoi casser les prix et voir venir à eux la grande majorité des anciens acquéreurs de non-LOF.
C'est ainsi qu'entre mars et mai 2010, une nouvelle série d'attaques de chiens sans précédent est survenue. En deux mois, pas moins de 5 enfants de moins de 10 ans ont été tués par des rottweilers dans différentes villes de France. Une vieille dame a été laissée pour morte par ces molosses à Poitiers, alors qu'à Bordeaux c'est un couple de retraités qui n'a dû son salut qu'à l'intervention rapide des gendarmes qui patrouillaient dans les environs et ont abattu immédiatement les trois rottweilers échappés d'un pavillon. Tous renseignements pris, ces chiens étaient bien des rottweilers, inscrits au LOF comme la loi le prévoit.
"On a écrit aux Ministres", se lamente Pierre B., "pour leur dire que ces chiens, bien qu'inscrits au LOF, appartenaient à des propriétaires irresponsables, qu'ils avaient été achetés dans des élevages au rabais, mais rien n'y a fait."
Le Ministre de l'Intérieur, Patrick Devedjian, s'est exprimé par ces mots le mois dernier : "En 2006 nous avions été naïfs. Nous avions écouté les éleveurs de chiens à pedigree qui réclamaient l'interdiction des chiens non-LOF en rejetant sur ces derniers la responsabilité des accidents. On voit aujourd'hui que le pedigree ne change rien : ces chiens restent dangereux par nature, et nos concitoyens ont droit à la sécurité. C'est pourquoi j'ai ordonné que le rottweiler avec pedigree soit passé en 1ère catégorie. C'est un chien dangereux et puisque nous sommes tous d'accord sur le fait que les chiens dangereux doivent disparaître, alors qu'il en soit ainsi."
Pierre B., aujourd'hui retiré de l'élevage, est catastrophé. "Il aurait fallu à l'époque lutter pour que cessent les catégories, pour que tous les chiens de plus de 20 kg soient soumis à une éducation canine de base obligatoire, avec ou sans pedigree, et pour que les gens désirant un rottweiler passent une sorte de permis. Personne à l'époque ne pensait que ces élevages LOF à 500 euros allaient voir le jour. Pourtant quand on y repense aujourd'hui, c'était logique."
EN ESPERANT QUE LA REALITE NE DEPASSE PAS LA FICTION...
Nicolas Nolf |